Olivier DUNOUHAUD

"On ne peut pas être à la forge et au moulin!"

 

Qui suis-je?

Je n'ai pas toujours été coutelier, je dirais même que c'est assez récent. Pour autant, j'ai quand même occupé mes dix doigts depuis ces trente dernières années. Technicien de formation (et d'âme), électro-mécanicien puis ingénieur en informatique, mon parcours s'est fait autour d'opportunités. Du secteur public au privé, de la grande distribution à l'industrie, quelques années dans le secteur de la défense et dix ans comme consultant...

 

Un premier virage important dans ma vie en 2008 lors de la création de notre propre structure avec trois associés : travailler autrement, sans la pression du "chiffre" à tout prix. En d'autres termes, "marre de la world company!". Dix années de travail intense, de partages, de rencontres...

Et puis j'ai découvert que la vie pouvait être courte, voire très courte et qu'il fallait en profiter. J'ai eu besoin de retrouver l'envie de faire quelque chose de mes mains, quelque chose d'utile. Et quoi de plus utile qu'un couteau? Certainement pas un smartphone...

Alors vous allez me dire : "mais pourquoi la coutellerie?". Comme tout bon "paysan", toujours un couteau dans la poche. Depuis mes quinze ans, j'achète en moyenne deux couteaux par an, au gré de mes envies, de mes voyages, de mes coups de cœur. Je vous épargne le calcul mais il y en a plein la maison, dans tous les tiroirs.

Bien qu'ayant quelques dispositions de bricoleur, "on n'apprend pas grand chose en restant aux culs des vaches!", comme le disait ma grand-mère. Je me suis donc formé auprès d'un artisan coutelier/forgeron, Thierry Boccoz pour ne pas le nommer.

 

Encore une fois, il s'agit d'une rencontre, faite d'échanges... Je rêvais de forger mes propres lames, bref des couteaux simples, de ceux que j'ai envie d'avoir à table pour couper mon pain.

Enfin et surtout, l'envie de vous rencontrer et de réaliser le couteau qui vous plait, à votre main.

 

L'AlgeCout

Dès ma décision de changer de métier et de démarrer ce nouveau projet, ma première préoccupation a été de définir où installer mon nouvel atelier. Il n'était pas envisageable d'agrandir mon petit atelier au fond du jardin : trop de bruit, pas assez de place... et de futurs ennuis avec mes voisins !

J'ai donc recherché le local idéal : environ 25 à 30 m2 dans un lieu où le bruit ne posera pas de problème. Un espace en "co-working" aurait été idéal. Mais ce n'est pas aussi simple. Il est plus facile de louer un bâtiment industriel de 3000 m2. 

 

Les espaces de travail partagés que j'ai trouvés ne sont pas "équipés" pour les activités utilisant une forge (même une petite!). Ne voyant pas d'issue, j'ai donc décider de "visiter" directement tous les industriels et artisans du coin, avec mon petit dossier sous le coude.

Et c'est comme ça qu'Yves et Martine m'ont proposé un bout de terrain derrière leur bâtiment. "Un petit jeune qui veut travailler, on va pas le laisser tourner en rond!". En quelques semaines, j'ai nettoyé, creusé, coulé, étalé, posé, isolé... tout ce qu'il me fallait. Un Algeco pour l'atelier, une dalle pour le marteau-pilon, un toit par dessus tout ça, un peu d'électricité et roule ma poule.

 

D'où l'AlgeCout, l'Algeco où l'on fabrique des Couteaux.

 

Mes outils

"Le bon ouvrier utilise de bons outils". Ce n'est pas de moi et c'est pourtant vrai. Ça ne fait pas tout mais c'est impératif. Gain de temps, moins de risques, travail de qualité... J'ai démarré mes premières émoutures à la disqueuse, comme tout le monde, et il faut quand même avouer que le résultat n'est pas terrible.

 

Je me suis donc équipé, au fur et à mesure de mes besoins et de mes rencontres. Mes quelques pièces maîtresses en quelques mots. 

Tout d'abord, mon marteau-pilon. Pas facile à trouver, la bête. Je cherchais un modèle fiable, ancien. Je l'ai trouvé par le plus grand des hasards, en discutant une bière à la main avec un jeune en apprentissage en métallerie chez les Compagnons du Tour. Il m'a mis en contact avec son patron qui souhaitait se séparer de sa machine.

 

C'est une pièce de chez "Joubert et Charmet", datant du début du 20ème siècle. Entrainement par courroie, masse tombante d'environ 40kg, une tonne et demie à la pesée. La même se trouve à la Maison des Forgerons, à Saint Martin la Plaine.

L'enclume vient d'un brocanteur, spécialisé dans les vieux outils. Elle est comme neuve. J'ai aussi trouvé quelques unes de mes pinces chez lui.

Enfin, le backstand : le premier est de fabrication artisanale. Le second vient de chez TitanGrinder. C'est la rolls : variateur de vitesse, multi-outils....

 

Les matériaux

Dans ma démarche, je donne la priorité à la ré-utilisation de divers matériaux pour réaliser vos couteaux. Non pas par esprit mercantile et de rentabilité mais parce qu'il y a énormément d'aciers ou de bois (ou d'autres choses...) auxquels on peut redonner une seconde vie. Je m'attache cependant à ne pas faire n'importe quoi, c'est à dire que je teste ce que je fais, à la forge, à la trempe, à la révélation, à la soudure... Je vous rassure, ça ne marche pas toujours et dans ce cas, j'abandonne.

Quoi de plus sympa que de présenter une belle lame, faite à partir d'un vieux burin, montée sur un manche en chêne, récupéré sur une vieille brouette... J'essaie dans tous les cas de raconter "l'histoire" de chaque couteau.

Pour les manches, j'utilise beaucoup de bois de récupération, dans la famille, chez des artisans menuisiers ou ébénistes. Beaucoup de bois locaux (chêne, if, loupe d'orme, buis, noyer...) et des bois exotiques. Certains manches ont des défauts naturels que je conserve volontairement et que j'essaie de mettre en valeur.